Un bâtiment historique sous le pic des démolisseurs

L’ancien édifice des services de l’Immigration du Canada est en démolition. Le bâtiment fait pourtant l’objet d’un énoncé d’intérêt patrimonial de la part de l’Office de consultation publique de la Ville de Montréal. Sa destruction soulève à nouveau des questions sur la volonté de l’administration Coderre à protéger le patrimoine.

Un reportage de René Saint-LouisTwitterCourriel

Le bâtiment des services de l’Immigration, sur la rue Saint-Antoine, était l’unique vestige d’une époque où les migrants, provenant de pays en guerre contre le Canada, étaient internés. Construit en 1914, il servait de prison, surtout pour les Ukrainiens qui étaient ensuite répartis dans des camps d’internement à travers le pays.

Il est situé au 1162 rue Saint-Antoine Ouest, à proximité de deux édifices reconnus comme des lieux patrimoniaux du Canada : la gare Windsor et l’Édifice des postes. Il a été construit par Ross and Macdonald, l’un des cabinets d’architectes les plus marquants du début du 20e siècle. On lui doit entre autres la gare Union, le Maple Leaf Gardens à Toronto, le Château Laurier à Ottawa, l’édifice Price à Québec et l’ancien magasin Eaton à Montréal, devenu le Complexe les Ailes.

Pour le directeur des politiques à Héritage Montréal, Dinu Bumbaru, cette destruction n’est qu’un exemple parmi d’autres. Elle s’ajoute à celle de la maison Redpath, aux vestiges du Village des tanneries, et à l’agora Daudelin du square Viger.

« On n’est pas dans un univers très clair au niveau de ce qu’on entend par préservation. Il se peut fort bien que le règlement prévoie la préservation, mais que ça passe par la démolition. Ce n’est pas évident. Regardez la rue Saint-Laurent, à côté du Monument-National. Tout a été démoli, mais on dit qu’on a un programme de conservation du patrimoine là. »

Dinu Bumbaru soutient que la protection du patrimoine devrait faire partie des négociations entre le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal, qui souhaite obtenir le statut de métropole.

« Il faudrait qu’on ait une discussion éclairée pour avoir une charte montréalaise du patrimoine. Et ça, ce n’est pas juste pour Montréal, mais ça devrait faire partie du statut de métropole pour l’ensemble de la région métropolitaine », a-t-il affirmé. Dinu Bumbaru soutient qu’une charte du patrimoine pourrait être un legs pour le 375e anniversaire de la ville.

L’autorisation de détruire le bâtiment des services de l’Immigration avait été demandée par le promoteur immobilier Cadillac-Fairview qui souhaite y construire une tour d’habitation de 37 étages.

Les élus de l’arrondissement Ville-Marie, dont le maire Denis Coderre, avaient autorisé la destruction du bâtiment en faisant fi des recommandations de l’Office de consultation publique et du Conseil du patrimoine de Montréal qui s’y opposaient.